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» Au XIX° siècle, presbytère ou école, la Mairie de Goyrans a choisi

La question scolaire après la Révolution :

Au début du XIX° siècle, très peu de communes rurales possèdent une école. L’enseignement primaire est assuré en grande partie par les Frères des Écoles Chrétiennes et l’enseignement secondaire par les Jésuites.

Sous Louis-Philippe Ier, en 1833, la loi Guizot sur l’enseignement primaire fait obligation à toutes les communes d’entretenir une école, payante pour les enfants fortunés, gratuites pour les enfants indigents désignés par le conseil municipal.

L’entretien d’une école est soumis à la volonté de la commune ou du curé qui recherchent, embauchent et logent un instituteur, s’ils le jugent utile. Peu à peu, l’instruction primaire s’organise au niveau national et les écoles primaires se multiplient. Elles deviennent l’enjeu de luttes d’influence entre le pouvoir municipal et l’Église jusqu’à ce que les lois scolaires de la troisième République instaurent, en 1881, l’École laïque, gratuite et obligatoire.

Un problème se pose à Goyrans, le village étant à la fois trop peu peuplé et trop dispersé ; en 1881, il y avait 181 habitants.

En effet, il est  compliqué de regrouper en un point quelconque de la commune un nombre suffisant d’élèves pour assurer l’existence d’un maître ; aussi, les enfants fréquentent les écoles du voisinage et essentiellement celle de Lacroix-Falgarde.

Les petits Goyranais s’y rendent jusqu’en 1886, date d’ouverture de l’école de Goyrans.

En 1844, les habitants de Goyrans font pression sur l’instituteur pour qu’il vienne faire la classe dans leur village 3 heures par jour, afin d’éviter aux enfants les inconvénients et la perte de temps du trajet à pied. Le conseil municipal de Lacroix-Falgarde s’élève contre une telle prétention et déclare que les enfants de Goyrans sont trop peu nombreux, qu’ils sont toujours venus à l’école de Lacroix-Falgarde et que, si l’instituteur fait la classe à Goyrans, ce sera au détriment  des enfants de Lacroix-Falgarde.

Dès 1860 environ, il existe à Lacroix-Falgarde une école privée de filles qui, elle aussi, attire des filles de Goyrans.

Cette école est tenue par une sœur de la congrégation de la Sainte Famille de Nazareth, dont la maison-mère est à Besançon et qui fonde en 1855 un établissement au Plan, petit village des environs de Cazères, dans l’arrondissement de Muret. Les sœurs institutrices reçoivent  un enseignement au Plan, avant d’être envoyées dans d’autres villages, sur demande du curé, pour y instruire les filles de la campagne. C’est ainsi que la sœur Marthe Juvenel arrive à Lacroix-Falgarde vers 1860. En 1865, elle reçoit pour la première fois une subvention de la municipalité, ce qui lui permet de recevoir gratuitement 4 filles pauvres. Cette institution perdure jusqu’en 1881.

À cette époque, l’atmosphère n’est pas à la tolérance envers les institutions religieuses. Dès ses débuts, l’école privée de filles de Lacroix est soutenue par les châtelains. Ce sont eux qui lui fournissent un bâtiment, situé au grand chemin de Toulouse (soit à l’actuel 39 avenue des Pyrénées), presqu’en face du presbytère. On ne sait pas quel enseignement y est dispensé mais l’un des prétextes de la municipalité pour la fermer en 1881 est  que l’instruction y est  de mauvaise qualité. En ces temps de luttes idéologiques entre républicains anticléricaux et congrégations religieuses enseignantes au sujet de l’école, il est probable que ce jugement n’était pas très objectif. La tradition orale rapporte en tout cas que la discipline y était très sévère : une des punitions consistait à se mettre à genoux sur des grains de maïs, selon le témoignage de ma trisaïeule Marguerite Loubet, de Goyrans, qui fréquentait cette école.

Naissance de l’école de Goyrans

Dans sa monographie succincte sur la commune de Goyrans (8 pages seulement)  datant de 1885, Monsieur Dumas, instituteur à Lacroix-Falgarde et également auteur d’une monographie de ce village (63 pages) accorde une petite place à l’histoire de l’école de Goyrans. On y apprend que :

« les enfants de l’école de Goyrans reçoivent l’instruction depuis fort longtemps dans les écoles des communes de Lacroix-Falgarde et d’Aureville ; il y a peu de jeunes gens de l’âge de 25 ans qui ne sachent lire, écrire et compter. En 1884, il n’y a pas eu de conscrits illettrés ni de conjoints qui n’aient su signer leurs noms sur leur acte de mariage.

À l’avenir, l’instruction fera plus de progrès dans la commune, une magnifique maison d’école étant en ce moment, en voie de construction sur la place publique, à portée de tous les enfants en âge de pouvoir la fréquenter. On espère que cette construction sera terminée avant le mois d’octobre prochain et qu’un instituteur y sera installé à la rentrée qui suivra les vacances prochaines ! »

Construction d’une école ou d’un presbytère ?

Nous voilà enfin arrivés au cœur du dilemme !

Pour bien comprendre la situation, il faut rappeler la zizanie religieuse existant entre les 2 paroisses de Goyrans et d’Aureville. Du Moyen Âge à la Révolution, Goyrans est l’annexe de la paroisse d’Aureville, les 2 communautés ayant le même curé. Cela signifie que les décisions concernant les églises ou les presbytères sont prises dans des assemblées communes. Quand un différend survient, la séparation des 2 paroisses est réclamée, d’où l’apparition de multiples conflits entre les 2 collectivités.

Pour obtenir leur propre curé desservant, vers le milieu du XIX°, les Goyranais recueillent des témoignages attestant que la commune a eu pendant quelques années un curé indépendant : la pétition recueille 28 signatures. Par conséquent, il est important d’avoir un presbytère pour y loger un prêtre.

Or, à la même époque, en 1851, la municipalité demande à l’architecte Jean-Jacques Esquié de faire le plan d’une maison d’école adossée au mur nord de l’église. Pour ce faire le maire, Raymond Malidat, obtient une subvention de 300 Frs du ministère de l’instruction publique.

L’affaire est rondement menée et la construction est achevée en 1852.

Mais la difficulté va surgir quand Monsieur Massot est nommé en 1853 curé résidant à Goyrans. Ni une, ni deux la municipalité décide d’utiliser ce nouveau bâtiment comme  … presbytère !

Ecole devenue un presbytère

Adieu école, instruction publique, instituteur, élèves….

La subvention est détournée et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes !

Pas tout à fait !  Le recteur d’académie finit par réagir et adresse une lettre au préfet le 7 octobre 1859  dans laquelle il se plaint du mauvais accueil reçu par l’institutrice qu’il vient de nommer :

« ces jours-ci, j’y ai envoyé une institutrice pour emplir les fonctions d’instituteur communal. Monsieur le Maire l’a fort mal traitée de paroles et lui a dit qu’il ne voulait ni instituteur, ni institutrice… En conséquence de ces procédés violents et arbitraires, j’ai l’honneur de vous prier de mettre, M. le maire de cette commune, premièrement en demeure de rendre le local de l’école ou d’en fournir un autre avec logement, deuxièmement de l’inviter à installer l’institutrice que j’y ai nommée. »

Finalement, la municipalité et son maire Jean Delmas vont se résoudre à la construction d’une maison d’école séparée mais celle-ci n’est ouverte qu’en 1886 !

135 ans plus tard, elle occupe toujours la place d’honneur au centre du village.

Ecole créé en 1886

Épilogue

Ce long et tumultueux conflit s’est déroulé pendant une période de laïcisation importante de l’État et du pays en général.

La place de l’Église dans la société est au centre du débat politique et à l’origine du principal clivage entre cléricaux et anticléricaux pendant cette période de la III° République. Le cas de Goyrans n’est certainement pas unique et c’est une accumulation de petits conflits locaux de cette nature qui alimente, en partie, l’anticléricalisme de la plupart des parlementaires républicains qui finissent par l’emporter en 1905 avec la  loi de séparation de l’Église et de l’État.

Les grands progrès accomplis dans le domaine de l’enseignement pendant le XIX°  siècle ont porté leurs fruits avant que l’école ne devienne obligatoire, ce qui laisse à penser que les lois scolaires de Jules Ferry votées en 1881 et 1882 n’ont fait que légaliser un état de fait préexistant : en effet, la loi Guizot de 1833 rendant obligatoire l’entretien d’une école dans chaque commune a engendré le progrès le plus significatif.

L’importance de l’école dans la formation des citoyens n’a cessé de croître en devenant un enjeu politique de première importance.

Michel RUFFIE